C'est après une période de disette de quatorze longs mois que la collection s'est à nouveau livrée à une petite partie d'exhibitionnisme rétro au lycée Freppel. Pour la troisième année consécutive, les visiteurs, toujours aussi peu nombreux mais définitivement fidèles (on a pu reconnaître bien des visages, aguerris comme jamais de constater que l'atelier aurait une nouvelle fois sa place dans le panel des animations proposées), ont pu profiter d'une après-midi dédiée au retrogaming. De 12 jeux la première année et 18 la seconde, le contingent est passé à 22 pour cette année. Un gros boulot d'installation donc, mais effectué sans rechigner par une dream team à couper le souffle aux plus grands sportifs. Quant au personnel administratif, il a cette année affiché une joie non dissimulée à accueillir quelques-uns des anciens élèves, reconvertis pour l'occasion en installateurs de luxe. Un petit nouveau cette année dans l'équipe, le dénommé Victor. Mais l'on s'attardera en détail sur la composition de cette équipe de choc à la fin de l'article, comme à l'accoutumée. En effet, rédiger un petit article par an sur cette manifestation de solidarité en devient presque une habitude. Cette année en tout cas, l'ensemble a été ingénieusement sonorisé par Mathieu, fidèle au poste avec un mini-chaîne qui, sans faire d'inénarrables émules, a su agrémenter l'atmosphère déjà résolument rétro de quelques chansons des années 80. Concernant les jeux proposés, on retrouvait évidemment des valeurs sûres comme Super Mario Bros (qui a une nouvelle fois retenu l'attention du jeune Cédric), TI Invaders (l'un des meilleurs portages du légendaire Space Invaders sur micro-ordinateur) ou encore Breakout, casse-briques sur Atari 2600. Peu de défauts ou d'erreurs de parcours à déplorer ou même à signaler, tant la coordination entre les membres de l'équipe d'installation a été remarquable. Tout au plus aura-t-il fallu s'y reprendre à deux ou trois fois pour former une chaîne de multiprises solide et la plus courte possible, le stock de rallonges étant limité... Du mythique Sonic The Hedgehog (sur une Megadrive II dézonée en Genesis américaine pour l'occasion, permettant un passage en 60 Hertz et une vitesse de jeu accrue) à l'émérite jeu de tir à la première personne qu'est Doom (proposé sur une Playstation reliée à un écran monochrome vert, ce qui offrait un rendu de qualité à la simili-Matrix) en passant par Columns (le concurrent de Tetris, version Master System celui-là), tous les genres majeurs du jeu vidéo étaient représentés. Alors que les purs et durs s'essayaient avec hardiesse et détermination à un Streets of Rage détonant en multijoueurs pour ensuite se diriger, non rassasiés, vers One Must Fall (jeu de combat de robots sur PC), d'autres, plus hésitants, moins joueurs peut-être, jetaient un coup d'oeil intéressé à une table sur laquelle on trouvait des consoles portables (Game Boy, Supervision, Game Gear, Microvision et Game Boy Color) et même quelques tabletops ou jeux à diodes (un Defender de Gakken, un Invader 1000 de Lansay, ou un Puck Monster de la même enseigne). Il n'en reste pas moins que tout le monde, sans grande exception, a su trouver son bonheur dans une marée de jeux vidéo. Replongeons-nous dans ce duel épique entre Anastasia et Mathilde sur le jeu Dynablaster, un clone de Bomberman qui tournait pour l'occasion sur un Amiga 500. Stéphane arriva bien rapidement pour dissiper ce sentiment de fierté qui semblait naître chez ces deux adversaires d'un jour qui venaient tout juste de comprendre le but du jeu. Dans un autre genre tout aussi louable, on aura pris le soin de noter la présence ponctuelle, habituelle même, de Mathieu et Yann sur Streets of Rage. Certains jeux n'auront cependant pas convaincu un public qui les avait pourtant plébiscités l'année dernière encore. C'est notamment le cas d'un Fruity Frank dangereusement vieillissant, même dans un seyant Amstrad CPC 664 qui, faute d'un lecteur de disquettes 3 pouces fonctionnel, s'était vu adjoindre le montage à la con de la journée : un lecteur 3,5 pouces externe accompagné d'une nappe rapidement bidouillée et d'une alimentation PC pour le moins encombrante et qui lui délivrait ses cinq malheureux Volts. Au chapitre des classiques, Shufflepuck Café n'a résolument pas eu l'occasion de frustrer son public. Il faut dire que le Macintosh Classic qui l'hébergeait était un peu caché au milieu de grands écrans Commodore. Il y eut malgré tout de grandes satisfactions comme les deux consoles Pong placées côte à côte : chacune a travaillé l'après-midi durant, bien que la recherche de la fréquence exacte sur laquelle elles émettaient leur faible signal vidéo ne fût un sacerdoce digne d'un travail forcé. Les quelques professeurs de passage se sont d'ailleurs essayés à ce classique de leur enfance. M. Audebert, professeur d'Anglais, n'a toujours pas remporté un set. Il s'est en effet incliné 15 à 14 lors du premier (avec de grandes raquettes, un angle de rebond maximal et la vitesse maximale), avant de littéralement couler lors du second, pour terminer sur un étonnant 15 à 2 (avec de petites raquettes cette fois). Aux côtés du grand Pong, un autre jeu dont le nom seul suffit à évoquer bien des souvenirs dans l'esprit des plus âgés : Pacman. Le vrai, l'unique, sur Atari 2600. Ses graphismes incomparables n'ont pas laissé de marbre les amateurs du genre qui se sont délectés à parcourir les labyrinthes à la recherche des pastilles à gober, tout en évitant, faut-il vraiment le préciser, les quatre fantômes (Inky, Blinky, Pinky et Sue, quelques-uns des nombreux noms qu'on a pu leur accorder). Dans un tout autre genre, on est bien loin des jeux de sport commerciaux et sans saveur dont une nouvelle édition sort chaque année, sans grande prétention, si ce n'est de vendre plus que son concurrent, au détriment des licences, des graphismes, ou pire encore, du fond de jeu : Sensible Soccer sur Super Nintendo était là pour montrer à tous les amateurs de football que la genèse de leurs Pro Evolution Soccer et autres FIFA n'était ni plus ni moins que la pure expression d'un match de football dans sa plus grande simplicité. L'arcade n'était pas en reste, puisque Pang a efficacement retenu bien des visiteurs. Son concept simple alliant réflexes et rapidité (sans pour autant confondre vitesse et précipitation) a séduit en particulier Emilie, mais cela avait déjà été le cas lors de la dernière édition. La passion et la nostalgie n'ont pas manqué à M. De Gendt, absorbé par le grand Bomb Jack (sur un Amstrad CPC 6128), un jeu anodin en apparence, mais terriblement corsé en réalité. Avec un score proche de 200000, il a mis tout le monde d'accord, même s'il a été l'un de seuls à y jouer, passant près de deux heures à marteler les boutons d'un joystick qui lui a visiblement tapé dans l'oeil. Non loin de Bomb Jack, on retrouvait l'une des adaptations Bubble Bobble, ce sur Amiga 600. Il s'agit de Parasol Stars. Le concept demeure le même, à ceci près que l'on n'incarne plus un dinosaure qui crache des boules vertes, mais un jeune garçon qui a pour seule arme son parasol. Sega a incontestablement été l'une des stars de cet événement, avec une troisième Megadrive (la première du nom, plus solide et plus connue du public que la Megadrive II) sur laquelle tournait Road Rash. Que de jeunes indolents se sont amusés à frapper leur adversaires à coups de poing ou même de batte avant de subir la loi de la gendarmette O'Rourke. Egalité entre les Megadrive (Streets of Rage, Sonic et Road Rash), les Amiga (Pang, Dynablaster et Parasol Stars) et les Amstrad. Eh oui, en plus d'un décevant Fruity Frank et d'un alléchant Bomb Jack, Ikari Warriors a fait son petit bonhomme de chemin au milieu de classiques, ce qui ne l'a pas empêché de recueillir quelques suffrages. Le jeu avec un pad Amstrad en a certainement rebuté plus d'un. Acrobates (sur une Videopac) a agréablement surpris ceux qui s'étaient évertués à l'afficher de façon optimale sur un moniteur Amstrad CTM644-2 posé sur son tuner MP-3 : tout en déclenchant de prime abord l'hilarité des joueurs, certainement par ses graphismes sommaires et bênets, il a fini par les passionner. Les Point'n click, têtus et résistants, ont emprunté l'ultime brèche qui leur restait en s'incrustant sur un Pentium I. Malheureusement, force fut de constater qu'après le cuisant désintérêt manifesté par les visiteurs envers Myst les deux dernières années, Shivers (le jeu de Sierra qui, comme l'indique son nom, donne des frissons) n'allait pas remonter la barre bien plus haut. Il doit être relativement frustrant et inintéressant de se retrouver face un écran désespérément fixe après chaque clic d'une souris ordinaire, alors que de magnifiques contrôleurs ancestraux n'attendent que d'être pris en main, pour une maniabilité d'enfer. Enfin, qui dit PC dit Macintosh ! Egalité là aussi parfaite entre deux PC (pour One Must Fall et Shivers) et deux Macintosh. Le premier d'entre eux, un Macintosh Classic, a déjà été évoqué un peu plus haut. Le second, un LC III, permettait de s'essayer à Maelstrom, un clone d'Asteroids particulièrement réussi. Parallèlement, il fut regrettable que le lecteur disquette d'un Atari ST en pleine forme fût si contrariant. Lemmings, le vingt-troisième jeu, n'aura donc jamais été en mesure de fonctionner. C'est à coup sûr le regret numéro un à exprimer au sortir de cette journée de folie, commencée tôt le matin pour la dream team. Venons-en justement à cette équipe qui, faut-il le répéter, a réellement cassé des briques cette après-midi-là, et sans laquelle rien n'aurait pu se dérouler. Arthur a cette année laissé sa place à Victor, un élève en sciences de l'ingénieur dont les connaissances en électronique et en informatique ont considérablement accéléré le travail. Emilie et Florian, toujours guillerets, s'en sont visiblement donnés à coeur joie, sans compter. Mathieu n'a pas non plus manqué à l'appel, plus motivé que jamais. A sa mini-chaîne s'est discrètement ajouté un tourne-disque qui a fièrement fait tourner quelques vinyles des plus célèbres chanteurs et groupes des années 80, le tout dans une ambiance orientée disco et pop-rock. Yann est arrivé en retard, après une séance sans aucun doute bienfaisante de Taï-Chi. A peine arrivés, il a fallu disposer les tables en carré après avoir peiné à déplacer les chaises. Les branchements ont été une affaire de patience, tant le stock de multiprises était limité, ayant pour conséquence une impossibilité catégorique de laisser des prises inutilisées. Rentabilité ou facilité, on ne pouvait vraiment pas choisir ! Pis, les connectiques d'avant-guerre de certains appareils ont posé quelques problèmes aux copains de la team. Après quelques hésitations et quelques inversions de ĉables, tout a fini par s'allumer, ce qui a suffi à l'émerveillement général. Bonne nouvelle, les machines avaient survécu à ce déplacement d'une dizaine de kilomètres. C'est ainsi que les remerciements les plus sincères vont à Florian, qui a accepté de transporter quelques consoles, micro-ordinateurs et écrans dans une Scénic à l'habitacle et au coffre volumineux. Une décoration de circonstance a rapidement vu le jour sur les murs extérieurs de la salle, avec quelques photographies recyclées de l'an dernier et des bouts de papier découpés en hâte, sur lesquels Emilie avait soigneusement écrit les noms des jeux disponibles à l'essai pour le public, fervent comme à son habitude. Petite pensée au passage pour un lycéen qui aurait sans doute passé le plus clair de son après-midi à cet atelier si sa copine n'avait pas été là pour lui éteindre la Game Boy entre les mains et l'éloigner discrètement d'un pad Megadrive qui lui tendait les bras. Décidément, ce que femme veut... Les quelques messages reçus notamment sur Facebook d'anciens camarades de classe déçus de n'avoir pas été informés par le lycée de la tenue de cette manifestation laissent à penser que le retrogaming est une pratique qui n'est pas près de s'essouffler. L'avenir est avant tout fait d'espoir, c'est la leçon que l'on retiendra ! On soulignera en dernier lieu le dépit à l'allumage de la prise maîtresse. Yann n'étant pas encore présent, l'attente pesante, convertie peu à peu en un stress intenable, a eu raison des nerfs de tout un chacun : pour la première fois en trois années de labeur, il n'aura pas mis en marche cette prise... mais cela n'est rien pour l'informaticien...
Voici venue l'heure des traditionnels remerciements, ceci dit amplement mérités. L'ordre alphabétique des prénoms reste le plus amical :
Emilie Jacques Pour ta première année, un dévouement sans faille et de l'énergie à revendre.
Florian Cavodeau Nickel sur toute la ligne, pour l'installation comme pour l'accueil et le rangement.
Mathieu Duffner Un grand merci pour la sono, mais le reste mérite aussi de francs remerciements.
Victor Efficace, sympa et preneur d'initiatives. A l'année prochaine, espérons-le.
Yann Ziegler Après trois ans, une aide d'une qualité toujours aussi remarquable.
Que vos commentaires soient aussi d'une qualité remarquable !